Lettres à D.

Atterrir une deuxième fois, en un même pays, en une nouvelle ville. Revenir, nouvelle, et renouveler l'expérience indienne, différemment. Sans toi, cette fois, avec un homme, pour une fois. Alors je t'écris, pour t'emmener, pour t'envahir, pour te ressentir à mes côtés, aussi loin que nous puissions être.

Retour

Nous sommes rentrés et c'était l'hiver.

 

Le trajet en train jusqu'à Bombay. Les paysages que nous avons traversé.

Nos deux jours d'attente à Bombay. Les derniers achats. Les derniers chaïs.

Le trajet en taxi jusqu'à l'aéroport. La traversée des paradoxes.

L'avion jusqu'à Londres. Les pays que nous survolons.

L'attente d'un autre envol. Voila que nous reconnaissons nos enfers et nos paradis.

L'avion jusqu'a Lyon. La faim, la déshydratation, l'épuisement.

Le trajet en voiture jusqu'a notre appartement. Lyon dort, il est minuit, notre retour se fait discret.

Une douche, un repas, un lit.

Un retour fluide. Serein. Evident. J'ai désacralisé l'Inde. Je suis prête.

 

Nous sommes rentrés et c'était l'hiver. J'ai retrouvé toutes mes accentuations.

 


Publié le 15/09/2009, à 12:14,
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9 Septembre

Dernier jour a Benares.

Nous avons longe le Gange une derniere fois, savourant le vent puissant, le vent d'un autre automne, qui nous rafraichissait le corps et l'esprit.

Nous avons rendu les tablas a Ashok. L'occasion pour Lucas de prendre une derniere lecon. L'occasion pour moi de me nourir une derniere fois de ses larges sourires. L'occasion pour lui de nous offrir sa musique a emporter et de nous saluer chaleureusement. PEut etre viendra-t-il nous dire au revoir sur le quai demain matin.

Nous avons traverse une derniere fois le marche, puis, la vieille ville.

Nous avons pris notre dernier dejeuner chez les nepalais.

Nous avons fait des courses pour notre voyage en train. De quoi nous nourir.

Nous avons offert nos inutiles et nos embarrassants a nos amis d'ici. Un sac a dos, une radio, un cadenas, un pantalon, des serviettes, des tshirts, des chaussettes, etc.

 

Le temps va nous manquer. Je n'aurai jamais le temps de faire le tour de cette ville.

Comme elle est singuliere...Je l'oublierai une fois que je l'aurai ecrite toute entiere.

 

Plus que nos sacs a faire et nous pourrons nous defaire d'ici.

Depart demain 11h30. Arrivee vendredi 14h30.

J'espere que le temps ne sera pas trop long a Bombay.

Mumbai la deplaisante.

On ira voir la mer, la mer d'Oman, et je reverai a une autre destination. La prochaine... Chili ou Maghreb?

On ne m'arretera plus.

 


Publié le 9/09/2009, à 13:27,
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7 Septembre

Etant donne qu'il pleut sans interruption depuis ce matin, j'en profite pour mettre de nouvelles photos.

http://www.flickr.com/photos/41099160@N04/?saved=1

Namaste

 


Publié le 7/09/2009, à 11:58,
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6 Septembre

 Il pleut. Il pleut de plus en plus. A croire que la mousson s'est finalement installee au-dessus de Benares. A croire qu'elle s'est agrippee a la ville. Il pleut a intervalles reguliers, et alors ralentit, les baches se tendent et les gouttes ruisselent sur le visage des passants aux pas presses. Nous l'ecoutons, toujours a l'abris, et elle vient calmer nos esprits. Cette pluie est renouvellement. Lorsqu'elle s'interrompt, l'air rafraichie nous rappelle a la rue, ou le decors a change, miroitant. Cette pluie lave et on oublie. On oublie qu'a ce coin de rue, il fallait faire de petits sauts pour esquiver les dejections bovines. On oublie qu'ici mendiait un lepreux et qu'il vallait mieux ne pas y marcher pieds nus. On oublie que la ville etait seche et reche pour mieux apprecier son humidite scintillante. Le pluie nous fait du bien et les autochtones s'inquietent : qu'avons nous fait pour deregler ainsi les saisons? A force de superstitions ils guettent les flagellations.

 

J'avais tant a dire avant de tenir mon carnet entre mes mains. Un carnet rouge vif comme la shakti.

 

Shakti. J'avais besoin d'entendre ce mot. J'avais besoin que l'on me le montre du doigt. J'avais besoin qu'un homme d'age mur l'inscrive sur mon front. Shakti, la pure energie feminine. "Women have the power".

Il y a quelques jours, nous sommes alles che Shri, comme presque tous les jours. Aujourd'hui, Shri etait a Delhi pour recuperer le visa qu'il a finalement obtenu. Shri absent, son pere present. Ashok Pandey, un grand joueur de tabla. Lucas prend un cours avec lui. Ashok a demande a ce que je sois presente. Nous y sommes.

Fraichement revenu de sa tournee mondiale, il etait plein de cette energie d'autrui qui donne la force de continuer, toujours, a jouer, encore. Ahok. Un petit homme rond aux cheveux blanc et a l'imposante moustache. Le joie de vivre incarnee. Des yeux malicieux, un rire franc, une voix enjouee, des gestes amples et entrainant. Qui nous entrainent dans son bonheur. Assis en triangle, il nous a parle pendant deux heures. Nous l'avons ecoute bien plus que ca. Nous expliquant l'importance de la parole entre le maitre et son eleve, puis celle du silence, le transfert se faisant a travers leurs regards. ous decrivant sa conception de l'humanite, etalant son grand coeur d'homme modeste. Nous parlant de nous, de ce qu'il ressentait de notre duo. Tout ceci entrecoupe d'enivrants solos de tabla.

Ensuite vint la famille et nous etions integres. Oncles, fils, cousines, tous assis autour de nous en buvant du chai. Nous sommes des privilegies. Ici l'intimite d'une famille. Ici l'hospitalite et son apprentissage.

Un coup de fil de Shr vient annoncer la bonne nouvelle. La joie inonde la piece. On se fait alors des promesses et peu importe si on ne les tient pas. L'esprit indien a cette faculte de produire de l'espoir et des projets sans se soucier de savoir s'ils sont realisables ou pas. Mais cela leur suffit pour etre heureux.

Nous repartons avec la benediction du pere. C'etait une lecon de vie.

 

Hier. Apres une nouvelle intervention de la Maladie sur mes entrailles, j'ai prefere passer la matinee dans la chambre plutot que d'aller dire au revoir a Shri. Il s'envole pour Paris mais il viendra nous rendre visite a Lyon. Alors, un peu faible un peu triste, je m'engouffre a nouveau dans la lecture de "Leon L'Africain", Rarement je n'ai ressenti autant de plaisir a lire un roman autant historique que poetique.

Sur patte apres un coctail Coca-Tiorfan, Lucas et moi nous sommes retrouves et nous avons erre dans notre quartier, discutant avec un tel, saluant un tel, buvant un chai puis deux etc.

[Boire un chai brulant dans un pot en terre, assis sur un muret crasseux, au milieu des passages, en faisant du beat box de nase, a quelque chose d'assez cocasse.]

Nous nous disons egalement que dans une semaine nous serons a Bombay et qu'il nous sera difficile de nous desencastrer de ce quartier.

 

Le bol de lait chaud chez le cremier du coin de la rue devient une habitude. Autour de 21h, apres notre diner, nous allons chercher Gaurav, le gerant du point internet, parfois accompagne de quelques copains, et nous allons gaiement trouver une place autour du semblable confiseur. Car les indiens considerent ce lait comme une gourmandise. Des militaires sont installes a cette intersection de ruelle. Ils nous reconnaissent a present et nous proposent gentiement leur chaise. Qe nous refusons, pretextant que le breuvage nous donne suffisament d'energie pour rester debout. En realite, je n'aime pas trop rester pres d'eux, pres de leurs armes de guerre pointees vers mes jambes...

Un lait chaud dans lequel le cremier plonge une cueillere de creme parfumee et une cueillere de sucre... un delice. J'aime ces instants. Il est deja tard mais la vie bat son plein. Les badauds nous regardent en souriant, les enfants nous tirent parfois les manches pour qu'on leur offre un pot, le passage des vaches cree quelque moment de panique, et au-dessus de nos tetes un haut parleur hurle la priere du soir.

 

Priere, puja. Hier soir, nous sommes alles a la grande ceremonie du ghat principal. Celui ou 10 chevaux ont ete sacrifie par un maharajat pour le faire pardonner des dieux. Celui vers lequel les pelerins se dirgent en premier. Celui ou des centaines de gamins des rues, du matin jusqu'au soir, vendent des babioles inutiles aux touristes. Cette ceremonie a lieu tous les jours, le matin a 6h et le soir a 19h, depuis des siecles. Ganga Puja, une ceremonie du culte au Gange, au cours de laquelle s'elevent les chants sacres et a lieu l'offrande de la lumiere au fleuve. Cinq pretres officient, tournes vers le Gange, accompagnes de musiciens. Et ce soir, majectueuse, la pleine lune diffusait sa clairvoyante lumiere orangee.

Nous nous sommes installes en hauteur, sur les marches, pour observer le spectacle en tous ses cercles amasses. La bas la scene religieuse. Autour touristes et indiens entremeles. Sur le Gange, des barques par centaines. Quelques bougies flottant sur l'eau. Et a nos pieds, nous entourant dans toute leur mendicite, une cinquantaine de personne attendaient le debut du service, une gamelle en inox a la main. Hommes femmes et enfants, tous avaient faim, mais tous se dandinaient sur la musique, tapant des mains et murmurant les chants. Lorsque la marmite arriva, ils se precipiterent pour former une file indienne. Une fois servis, ils se rassierent a leur place, et mangerent leur bouillie jaunatre de la main droite en un grand silence. Et nous, baigant dans ce meme silence, nous commencions a avoir faim et nous posions des questions d'ordre ethique. Je suis une Francaise au milieu d'une foule d'indiens, et dans ma petite poche se trouve bien plus de roupies que vous n'en gagnerez de toute votre vie, pourtant je suis une etudiante avec peu de revenus. Allez composer avec ca!

 

Same same but different.

 


Publié le 6/09/2009, à 10:04,
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Photos

J'ai mis quelques photos sur Flickr...pas terrible...le ciel gris ne m'aide pas a prendre de belles photos...

 

http://www.flickr.com/photos/41099160@N04/?saved=1

 

Je pense que ce sont les dernieres que je mets en ligne.

 


Publié le 3/09/2009, à 11:07,
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